La Banque de Thaïlande consulte actuellement le public sur un futur cadre de supervision des entreprises liées aux stablecoins indexés sur le baht. Le projet ne crée pas encore une nouvelle monnaie utilisable par le grand public et ne constitue pas une réglementation définitive. Il dessine toutefois les contours d’un marché numérique que l’institution veut intégrer au système de paiement sans affaiblir les contrôles financiers existants.
La consultation officielle est ouverte du 19 octobre au 17 novembre 2026. Elle porte sur les principes de supervision des émetteurs de THB stablecoins et des prestataires de portefeuilles numériques. Les contributions doivent ensuite alimenter la préparation de règles formelles, selon la procédure prévue par la législation thaïlandaise.
Un instrument numérique adossé au baht
Un stablecoin est un actif numérique conçu pour conserver une valeur stable par rapport à une monnaie de référence. Dans le cas étudié par la banque centrale, un THB stablecoin serait lié au baht selon une parité de un pour un et entièrement couvert par des actifs de réserve.
La Banque de Thaïlande présente cette solution comme une forme de « tokenized money », ou monnaie représentée sous forme de jetons numériques. Elle la distingue des dépôts bancaires tokenisés et de la monnaie électronique, qui relèvent déjà de cadres juridiques différents.
L’objectif affiché n’est pas de remplacer PromptPay ou les autres moyens de paiement courants. La banque centrale estime que les stablecoins pourraient plutôt compléter les infrastructures existantes dans certains cas particuliers, notamment les transactions reposant sur la blockchain, les paiements programmables ou le règlement d’actifs numériques tokenisés.
Un système organisé autour de deux métiers
Le projet prévoit une séparation entre les responsabilités de l’émetteur et celles du fournisseur de portefeuille.
- L’émetteur créerait les jetons, assurerait leur remboursement en bahts et gérerait les actifs de couverture.
- Le fournisseur de portefeuille proposerait la conservation, la réception, l’envoi, le paiement et éventuellement l’échange des jetons pour les utilisateurs.
La Banque de Thaïlande envisage de limiter le nombre d’émetteurs au début, afin de concentrer la surveillance et d’éviter une fragmentation excessive de la liquidité. En revanche, le nombre de fournisseurs de portefeuilles autorisés ne serait pas plafonné de la même manière, à condition qu’ils respectent les critères imposés.
Des exigences strictes sur les réserves et les risques
Le cadre envisagé insiste sur la capacité des émetteurs à maintenir la valeur du jeton, à répondre à une vague de demandes de remboursement et à continuer leur activité en cas de crise. Les exigences couvriraient également la cybersécurité, la continuité d’activité, la protection des consommateurs et les procédures de sortie.
Selon le résumé du projet publié par la presse thaïlandaise, la couverture initiale devrait reposer intégralement sur des dépôts bancaires, avec une séparation des actifs de réserve. Le projet prévoit aussi une information régulière sur les réserves et la quantité de jetons en circulation, ainsi que des contrôles externes périodiques. L’utilisation d’autres actifs liquides, comme des obligations publiques à court terme, pourrait être étudiée ultérieurement, sous réserve de l’évolution du cadre réglementaire.
Les détenteurs devraient pouvoir demander le remboursement de leurs jetons contre des bahts à parité fixe. Le projet vise également à empêcher que le stablecoin soit utilisé comme un produit d’épargne rémunéré : les émetteurs ne devraient pas verser d’intérêts ou de rendement aux détenteurs.
Des transferts réservés aux portefeuilles vérifiés
La lutte contre le blanchiment et la fraude occupe une place centrale dans la proposition. Les transferts devraient être effectués entre des portefeuilles identifiés et vérifiés. Les opérateurs seraient tenus de surveiller les transactions, de conserver des traces exploitables et de coopérer en cas d’activité suspecte.
Le projet prévoit aussi que les émetteurs puissent suspendre, geler ou détruire certains jetons lorsqu’ils sont associés à des opérations illégales ou à des dispositifs destinés à contourner la supervision. Ces pouvoirs soulignent que le THB stablecoin envisagé ne fonctionnerait pas comme un actif totalement anonyme.
Ce que cela peut changer
Pour les entreprises thaïlandaises, l’intérêt potentiel réside dans des règlements fonctionnant en continu, y compris en dehors des horaires bancaires, ainsi que dans l’automatisation de paiements soumis à des conditions précises. La technologie pourrait aussi faciliter certains règlements entre actifs numériques et paiements, ou réduire les étapes de certaines opérations transfrontalières.
Pour les particuliers, le projet ne change rien immédiatement. Aucun consommateur ne doit considérer la consultation comme une autorisation générale d’utiliser un nouveau moyen de paiement. Les éventuels services devront encore obtenir les autorisations prévues et respecter les règles applicables aux paiements, aux actifs numériques, à l’identification des clients et aux transferts internationaux.
Les expatriés et les voyageurs sont également concernés de manière indirecte. Si des services agréés apparaissent à l’avenir, ils pourraient proposer de nouvelles solutions de paiement ou de transfert, mais celles-ci resteraient soumises aux contrôles de change, aux obligations d’identification et aux règles thaïlandaises. Il est prématuré d’en déduire qu’un stablecoin en baht remplacera les cartes bancaires, les espèces ou les applications de paiement actuellement disponibles.
À retenir
- La Banque de Thaïlande consulte le public du 19 octobre au 17 novembre 2026.
- Le projet concerne les émetteurs de THB stablecoins et les fournisseurs de portefeuilles.
- Le stablecoin serait indexé sur le baht et entièrement couvert par des actifs de réserve.
- Le dispositif est présenté comme un complément à PromptPay et aux autres moyens de paiement existants.
- Le projet n’est pas encore une réglementation définitive et aucune mise en service générale n’est annoncée.
Ce que cela signifie
La Thaïlande cherche à encadrer l’innovation liée à la blockchain avant qu’elle ne se développe à grande échelle. L’approche proposée combine ouverture technologique, limitation initiale du nombre d’émetteurs et exigences élevées en matière de réserves, de cybersécurité et de lutte contre la criminalité financière.
Le regard d’Aura Nova
Le point important n’est pas l’arrivée immédiate d’une nouvelle monnaie numérique, mais le choix d’un cadre réglementaire. En plaçant le THB stablecoin dans l’orbite du système de paiement plutôt que dans celle d’un actif spéculatif non encadré, la banque centrale cherche à tester son utilité concrète sans renoncer à la traçabilité. La réussite dépendra toutefois de la capacité des futurs services à apporter un avantage réel par rapport à PromptPay, déjà rapide et peu coûteux pour les paiements domestiques.
Sources
- Banque de Thaïlande — Consultation sur les principes de supervision des entreprises liées aux THB Stablecoins
- Thairath Money — Résumé du projet de cadre réglementaire de la Banque de Thaïlande
