En Thaïlande, une étude teste le potentiel de transmission de coronavirus liés au SARS-CoV-2 chez des chauves-souris

Une étude publiée le 5 octobre 2026 dans Communications Biology examine des coronavirus détectés chez des chauves-souris fer à cheval en Thaïlande. Les chercheurs ont identifié plusieurs virus présentant des caractéristiques qui justifient une surveillance attentive, mais leurs résultats ne montrent ni…

Une étude publiée le 5 octobre 2026 dans Communications Biology examine des coronavirus détectés chez des chauves-souris fer à cheval en Thaïlande. Les chercheurs ont identifié plusieurs virus présentant des caractéristiques qui justifient une surveillance attentive, mais leurs résultats ne montrent ni transmission à l’être humain ni apparition d’une nouvelle épidémie.

Le travail a été mené dans la province de Ratchaburi, dans un site où les interactions entre humains et chauves-souris sont importantes. L’équipe réunit notamment des chercheurs de la Croix-Rouge thaïlandaise, de l’université Chulalongkorn, de l’université Kasetsart, du Département des parcs nationaux, de la National University of Singapore et de plusieurs institutions internationales.

Des virus détectés chez 261 chauves-souris

Les scientifiques ont prélevé des échantillons sur 261 Rhinolophus pusillus, une chauve-souris fer à cheval connue pour héberger différents coronavirus. Des coronavirus appartenant aux familles des alphacoronavirus et des bêtacoronavirus ont été détectés chez 16,47 % des animaux étudiés. Des paramyxovirus, une autre famille de virus, ont également été identifiés, avec une prévalence plus faible de 5,36 %.

Les chercheurs soulignent que plusieurs des paramyxovirus observés sont génétiquement éloignés de virus déjà décrits. Cela suggère une diversité virale encore incomplètement documentée chez les chauves-souris thaïlandaises. Il s’agit toutefois d’un résultat de recherche, et non de la découverte d’un agent pathogène dont la dangerosité pour l’être humain serait établie.

Cinq génomes liés au SARS-CoV-2

L’étude a permis d’obtenir cinq génomes complets de coronavirus apparentés au SARS-CoV-2. Ces virus présentent des différences importantes dans certaines régions de leur génome, notamment celles qui codent la protéine Spike et la protéine ORF8. Les auteurs décrivent également plusieurs profils de recombinaison génétique.

L’un des virus identifiés, baptisé RpuRB21065, a retenu l’attention des chercheurs. Sa protéine Spike et son domaine de liaison au récepteur présentent des similitudes élevées avec ceux du SARS-CoV-2. Dans des expériences réalisées en laboratoire, le domaine de liaison a été capable d’interagir avec le récepteur humain ACE2. La protéine Spike a aussi provoqué la fusion de cellules en culture, un phénomène observé in vitro.

Ces résultats indiquent un potentiel biologique à étudier. Ils ne prouvent pas que le virus peut infecter une personne, se transmettre entre humains ou provoquer une maladie. Les essais réalisés sur des cellules ne reproduisent pas à eux seuls la complexité d’une infection chez un animal vivant.

Les anticorps vaccinaux ont neutralisé le virus étudié

Un autre résultat apporte un élément important au bilan. Les sérums provenant de personnes vaccinées contre le SARS-CoV-2 ont efficacement neutralisé RpuRB21065 dans les expériences menées par les chercheurs. Selon l’étude, cette immunité préexistante pourrait réduire le potentiel actuel de transmission de ce virus vers l’être humain.

Cette observation ne signifie pas que les vaccins offrent une protection générale contre tous les coronavirus de chauves-souris. Elle concerne le virus étudié et les tests réalisés dans le cadre de cette recherche. D’autres virus, d’autres mutations ou d’autres mécanismes d’infection pourraient produire des résultats différents.

Pourquoi la surveillance précède l’alerte

L’intérêt principal de cette publication réside dans sa méthode. Les chercheurs ont cherché des virus avant l’apparition d’un cas humain, dans une zone où la proximité entre faune sauvage et populations peut faciliter les contacts. Cette surveillance dite proactive permet de repérer des caractéristiques biologiques qui méritent des études complémentaires.

La présence d’un virus chez une chauve-souris ne constitue pas, à elle seule, une menace immédiate pour la population. Pour qu’un agent passe durablement d’une espèce à l’autre, plusieurs étapes doivent être franchies : exposition, infection effective, adaptation éventuelle, transmission et maintien dans la nouvelle population. La présente étude documente certains éléments de laboratoire, mais elle n’établit pas ces étapes dans la nature.

Le choix de Ratchaburi rappelle néanmoins l’importance des sites où humains, animaux domestiques et faune sauvage se rencontrent. Les grottes, les zones agricoles et les lieux de collecte de guano peuvent constituer des interfaces utiles pour la recherche, mais aussi des espaces où les pratiques de terrain doivent être encadrées. L’étude ne recommande pas de manipuler les chauves-souris ni de s’approcher des animaux malades ou morts.

Ce que l’étude ne dit pas

La publication ne décrit pas une nouvelle épidémie en Thaïlande. Elle ne rapporte pas de transmission du virus RpuRB21065 à l’être humain, ne présente pas de cas clinique et ne conclut pas à l’existence d’un nouveau SARS-CoV-2. Elle ne permet pas non plus de prévoir si l’un des virus étudiés provoquera un jour une infection humaine.

À retenir

  • Des chercheurs ont étudié 261 chauves-souris Rhinolophus pusillus à Ratchaburi.
  • Des coronavirus ont été détectés chez 16,47 % des animaux échantillonnés.
  • Cinq génomes de coronavirus liés au SARS-CoV-2 ont été obtenus.
  • Un virus a montré une capacité de liaison au récepteur humain ACE2 en laboratoire.
  • Les sérums de personnes vaccinées ont neutralisé ce virus dans les tests réalisés.
  • Aucune transmission humaine ni épidémie nouvelle n’est rapportée par l’étude.

Pourquoi cette découverte compte

Elle montre que la surveillance de la faune sauvage peut identifier, avant toute alerte sanitaire, des virus dont certaines propriétés biologiques nécessitent une évaluation. Elle rappelle aussi que le risque zoonotique ne se résume pas à la découverte d’un virus : il dépend d’une chaîne complexe d’événements qui doit être démontrée.

Le regard d’Aura Nova

Le résultat le plus important n’est pas l’annonce d’une menace immédiate, mais la possibilité de mieux comprendre les virus qui circulent déjà dans les écosystèmes thaïlandais. Présenter cette étude comme la découverte d’un « nouveau virus dangereux » serait scientifiquement excessif. Son intérêt est plus sobre et plus utile : elle fournit des données pour orienter la surveillance, la recherche et la prévention aux points de contact entre humains et faune sauvage.

Sources

  • Communications Biology, « Assessment of the zoonotic spillover potential of SARS-CoV-2-related coronaviruses from Rhinolophus pusillus bats in Thailand », publié le 5 octobre 2026.
  • Notice DOI de l’article, DOI : 10.1038/s42003-026-11070-6.

Sources

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