En Thaïlande, des jeunes conçoivent des solutions locales contre la pollution et le gaspillage

Des étudiants et des élèves thaïlandais ont présenté dix projets destinés à répondre à des problèmes environnementaux concrets, de la brûlure des résidus de canne à sucre à la pollution de l’eau et à la protection des mangroves. Les projets ont été…

Des étudiants et des élèves thaïlandais ont présenté dix projets destinés à répondre à des problèmes environnementaux concrets, de la brûlure des résidus de canne à sucre à la pollution de l’eau et à la protection des mangroves. Les projets ont été développés dans le cadre du programme Better Futures Project 2026, soutenu notamment par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), l’Union européenne, Central Pattana et le ministère thaïlandais de l’Enseignement supérieur, de la Science, de la Recherche et de l’Innovation.

Le PNUD a publié le bilan national le 26 octobre 2026. La finale, organisée les 16 et 17 octobre à Bangkok, a réuni les équipes sélectionnées après six mois d’accompagnement, de conception et de tests dans plusieurs régions de Thaïlande.

Des projets liés à des problèmes environnementaux identifiés

Le programme a rassemblé 165 participants répartis dans 50 équipes. Dix équipes finalistes ont ensuite présenté leurs prototypes ou campagnes. Les sujets abordés concernaient notamment la pollution atmosphérique liée au brûlage agricole, les eaux industrielles, les colorants toxiques, les écosystèmes côtiers, les moyens de subsistance des pêcheurs et la réduction des déchets.

Le projet arrivé en tête à égalité, CaneConnect, a été conçu par l’équipe Santi Green Code, dans la province de Loei. Il s’agit d’une application destinée à mettre en relation les acteurs des communautés agricoles afin de mieux gérer les feuilles de canne à sucre et d’éviter leur brûlage. L’objectif annoncé est de réduire une source potentielle de particules fines, dont les PM2,5, tout en améliorant la circulation de l’information entre agriculteurs et autres acteurs locaux.

À ce stade, CaneConnect reste une solution développée dans le cadre du programme. Les sources disponibles ne permettent pas d’affirmer qu’elle a déjà entraîné une baisse mesurée des brûlages ou de la pollution dans la province. Cette distinction est importante : le projet a été récompensé pour sa réponse à un problème concret, mais son efficacité à grande échelle devra encore être évaluée.

Un colorant à base de bananier contre les effluents toxiques

L’autre projet arrivé premier ex æquo a été présenté par une équipe de l’université Prince of Songkla, sur le campus de Hat Yai. Il utilise la sève ou le latex de bananier sauvage pour aider à fixer des teintures naturelles sur des textiles. Le projet est associé à une démarche de développement textile dans la province de Phatthalung.

Son intérêt environnemental tient à la volonté de remplacer certains procédés générant des eaux usées chargées en colorants. Là encore, les documents de présentation décrivent un prototype et une piste d’application. Ils ne fournissent pas encore de mesure indépendante permettant de quantifier la réduction de pollution obtenue par rapport aux procédés traditionnels.

Le projet montre néanmoins comment une ressource végétale locale peut être étudiée dans une logique d’économie circulaire et de production artisanale moins polluante. Pour devenir une solution transférable, il faudra notamment vérifier la disponibilité de la matière première, la stabilité du procédé, sa sécurité et sa capacité à répondre aux besoins des producteurs.

Une méthode acoustique contre le poisson invasif

Un autre projet, porté par une équipe de Chanthaburi, a reçu le deuxième prix. Il propose un prototype utilisant des ondes sonores pour tenter de limiter les effets du poisson-chat à tête noire, une espèce invasive signalée dans plusieurs milieux aquatiques de Thaïlande.

Le dispositif vise notamment la baie de Kung Krabaen, où la présence de cette espèce peut affecter les écosystèmes et les activités de pêche. Central Pattana précise toutefois que les tests et la collecte de données sont encore en cours. Il serait donc prématuré de présenter la méthode comme une solution établie ou comme une preuve que les populations de poissons invasifs peuvent déjà être contrôlées par ce moyen.

Cette prudence est d’autant plus nécessaire que les méthodes acoustiques peuvent avoir des effets variables selon les espèces, la fréquence utilisée, la profondeur, la configuration du site et la présence d’autres organismes. Des évaluations en conditions réelles seront nécessaires avant toute utilisation opérationnelle.

Surveiller la qualité de l’eau et mieux gérer les déchets

Parmi les autres projets présentés figurait une bouée alimentée à l’énergie solaire pour surveiller la qualité de l’eau et contribuer au suivi des écosystèmes aquatiques. D’autres équipes ont travaillé sur un système de réemploi d’objets utilisés lors de cérémonies religieuses, associé au retour des produits et au compostage des déchets organiques.

Une équipe a également développé un calendrier saisonnier des espèces marines de la baie de Pattani. L’idée est de diffuser des informations sur les espèces présentes selon les périodes de l’année afin d’encourager une consommation des produits de la mer plus compatible avec la gestion durable des ressources.

Ces projets ne constituent pas une nouvelle étude scientifique publiée dans une revue à comité de lecture. Ils relèvent plutôt de l’innovation appliquée, de l’expérimentation locale et de la sensibilisation. Leur intérêt réside dans le fait qu’ils partent de problèmes observés dans des territoires précis et qu’ils cherchent à associer technologie, pratiques communautaires et changement de comportement.

Ce que le programme permet, et ce qu’il ne prouve pas encore

Le programme Better Futures Project 2026 a été mis en place pour accompagner des jeunes dans la conception, le test et la présentation de solutions liées à la consommation responsable, aux droits humains et aux enjeux environnementaux. Plus de 95 % des participants interrogés ont déclaré pouvoir mettre en pratique les connaissances acquises, selon le PNUD.

Ce chiffre concerne la perception des participants et non une mesure directe des bénéfices environnementaux. Il ne permet donc pas de conclure que les projets ont déjà réduit les émissions, amélioré la qualité de l’eau ou restauré des habitats.

La prochaine étape sera celle du passage éventuel du prototype à l’usage réel. Cela suppose des données comparables, un suivi indépendant, des essais prolongés et l’implication des communautés concernées. Pour les projets liés à l’agriculture, à la pêche ou aux écosystèmes, l’acceptation par les utilisateurs sera aussi déterminante que la performance technique.

À retenir

  • Dix équipes thaïlandaises ont présenté des solutions environnementales lors de la finale nationale du Better Futures Project 2026.
  • Les projets portent notamment sur le brûlage des feuilles de canne à sucre, les eaux usées textiles, la surveillance de l’eau, les déchets et les espèces invasives.
  • CaneConnect et le projet de teinture à base de bananier ont remporté le premier prix à égalité.
  • Le prototype acoustique destiné à limiter le poisson invasif est encore en phase de test.
  • Aucune source disponible ne permet encore de mesurer un impact environnemental à grande échelle.

Pourquoi cette initiative compte

La démarche relie des problèmes environnementaux locaux à des outils conçus par les jeunes qui vivent dans ces territoires. Elle peut aider à faire émerger des solutions adaptées aux réalités agricoles, côtières et urbaines de la Thaïlande. Mais sa réussite dépendra de la capacité à transformer les prototypes en dispositifs vérifiables, accessibles et durables.

Le regard d’Aura Nova

Le point le plus intéressant n’est pas de présenter ces projets comme des solutions déjà prêtes à résoudre la pollution. Leur valeur se trouve plutôt dans la méthode : partir d’un problème observé localement, associer les habitants et les utilisateurs, puis tester une réponse concrète. La prochaine question sera celle de la preuve. Pour dépasser le stade du concours, chaque projet devra démontrer ce qu’il change réellement, à quel coût et avec quels effets secondaires éventuels.

Sources

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