Dans le sud de la Thaïlande, les mangroves montrent qu’elles peuvent se régénérer naturellement

Une étude menée sur près de six décennies dans les districts de Khura Buri et de Takua Pa, dans la province de Phang Nga, montre que des mangroves situées en dehors des zones officiellement protégées peuvent retrouver une biodiversité et une structure…

Une étude menée sur près de six décennies dans les districts de Khura Buri et de Takua Pa, dans la province de Phang Nga, montre que des mangroves situées en dehors des zones officiellement protégées peuvent retrouver une biodiversité et une structure proches de celles de forêts naturelles. Les chercheurs ont suivi l’évolution du paysage entre 1966 et 2025 en combinant photographies aériennes anciennes, images satellites, cartes institutionnelles et relevés de terrain.

La recherche, dirigée par Uday Pimple de la Joint Graduate School of Energy and Environment de la King Mongkut’s University of Technology Thonburi, a été publiée le 17 août 2026 dans Communications Earth & Environment. Une présentation détaillée des résultats a été diffusée le 21 septembre par le Cirad, partenaire du projet. ([nature.com](https://www.nature.com/articles/s43247-026-03921-1?utm_source=openai))

Une progression nette malgré des pertes locales

Le paysage étudié a perdu près de 900 hectares de mangroves depuis 1966. Mais entre 1987 et 2025, les chercheurs ont aussi identifié 2 917 hectares de progression. Plus de 90 % de cette récupération serait liée à la régénération naturelle, et non à des plantations organisées.

Ce résultat ne signifie pas que toutes les mangroves thaïlandaises se restaurent spontanément. Il montre plutôt que certaines conditions peuvent permettre à la forêt de revenir lorsque les pressions humaines diminuent, que la circulation de l’eau reste fonctionnelle et que des arbres adultes subsistent dans le paysage. L’étude porte sur un secteur précis de la côte de Phang Nga et ne peut donc pas être généralisée automatiquement à l’ensemble du pays.

Les arbres adultes jouent un rôle disproportionné

Les chercheurs ont étudié 183 parcelles de terrain et mesuré plus de 4 400 arbres. Ils ont identifié sept communautés végétales de mangrove et constaté que les peuplements régénérés naturellement présentaient une diversité d’espèces comparable à celle des forêts considérées comme naturelles.

L’un des résultats les plus remarquables concerne Xylocarpus granatum, un arbre de mangrove pouvant atteindre une grande taille. L’espèce ne représente qu’environ un arbre sur dix dans les relevés, mais contribue à environ 26 % de la surface terrière totale, un indicateur de la structure physique de la forêt.

Les auteurs parlent de « paradoxe du Xylocarpus » : peu nombreux, certains arbres matures ont pourtant une influence majeure sur la complexité de l’écosystème. Ils pourraient être les survivants d’anciennes générations de mangroves et agir comme des « héritages biologiques », en maintenant des habitats favorables à d’autres espèces végétales, notamment des espèces rares. ([nature.com](https://www.nature.com/articles/s43247-026-03921-1?utm_source=openai))

Planter n’est pas le seul indicateur de réussite

Les plantations restent utiles dans les secteurs où la régénération naturelle est bloquée ou lorsque les conditions écologiques ont été profondément dégradées. Mais l’étude souligne leurs limites comme indicateur unique de réussite.

Dans les peuplements restaurés activement, les chercheurs ont observé une domination plus marquée des espèces du genre Rhizophora. Ces parcelles différaient des forêts naturelles et des peuplements revenus spontanément par leur diversité, leur composition et leur structure.

Autrement dit, compter le nombre de plants mis en terre ou ayant survécu ne suffit pas à déterminer si une mangrove a retrouvé les fonctions d’un écosystème mature. La diversité des espèces, la présence de grands arbres, la structure du couvert végétal et la capacité de la forêt à se maintenir dans le temps doivent également être évaluées.

Un enjeu pour les zones non protégées

Le site étudié n’est pas inclus dans une zone officiellement protégée. Pourtant, les données montrent qu’il a conservé une capacité de récupération et une valeur écologique importantes. Les chercheurs estiment que ce type de paysage pourrait être examiné comme une possible « autre mesure de conservation efficace par zone », ou OECM selon le terme utilisé dans les discussions internationales sur la biodiversité.

Il s’agit d’espaces qui ne relèvent pas nécessairement des catégories classiques d’aires protégées, mais qui assurent malgré tout une conservation durable de la biodiversité. Dans le cas de Phang Nga, l’étude évoque plusieurs facteurs susceptibles d’avoir favorisé la récupération : la régénération naturelle, la survie d’arbres matures, des réglementations anciennes, une baisse de certaines pressions humaines et la gestion locale.

Cette conclusion reste une évaluation scientifique et non une décision administrative. La reconnaissance officielle d’un site comme OECM nécessiterait des procédures et des vérifications supplémentaires.

Ce que cela change pour la conservation

Pour la Thaïlande, l’étude apporte un argument en faveur d’une conservation qui ne se limite pas aux frontières juridiques des parcs et réserves. Les zones côtières situées entre les espaces protégés peuvent elles aussi jouer un rôle dans la continuité des habitats, la protection du littoral et le maintien de la biodiversité.

Elle invite également à mieux distinguer les situations. Certains secteurs ont besoin d’une restauration active, notamment lorsque les flux de marée sont interrompus ou que les sols ont été durablement transformés. Dans d’autres, la priorité peut être de protéger les conditions qui permettent à la forêt de se régénérer sans intervention lourde.

La recherche ne conclut pas que la nature peut toujours réparer les dommages causés aux mangroves. Elle montre qu’une récupération durable est possible dans certaines conditions, mais qu’elle dépend de la réduction des pressions et de la persistance de structures forestières capables de soutenir le retour de la biodiversité.

À retenir

  • Une étude menée à Phang Nga a suivi l’évolution des mangroves entre 1966 et 2025.
  • Les chercheurs ont identifié 2 917 hectares de progression entre 1987 et 2025, dont plus de 90 % seraient liés à la régénération naturelle.
  • Les peuplements revenus spontanément peuvent atteindre une diversité d’arbres comparable à celle de forêts naturelles.
  • Les grands Xylocarpus granatum jouent un rôle structurel important malgré leur faible abondance.
  • Les résultats concernent un paysage précis et ne prouvent pas que toutes les mangroves peuvent se restaurer seules.

Pourquoi cette découverte compte

La mangrove est souvent évaluée à travers les surfaces plantées. Cette étude rappelle qu’un écosystème restauré ne se résume pas au nombre d’arbres installés. Le temps, la diversité des espèces, la circulation de l’eau et la présence d’arbres anciens peuvent être déterminants pour retrouver une forêt fonctionnelle.

Le regard d’Aura Nova

Le principal enseignement de cette recherche est peut-être méthodologique : pour comprendre la restauration d’un écosystème, il faut regarder au-delà des résultats visibles à court terme. Dans le sud de la Thaïlande, plusieurs décennies d’images et de relevés montrent une trajectoire plus nuancée que l’opposition entre « forêt détruite » et « forêt replantée ».

Cette étude ne remplace pas la protection des mangroves et ne justifie pas l’inaction. Elle suggère plutôt que les politiques publiques pourraient mieux identifier les endroits où la nature travaille déjà, afin de les préserver, tout en concentrant les interventions sur les secteurs où la régénération est réellement bloquée.

Sources

  1. Communications Earth & Environment — « Multidecadal landscape evolution and natural recovery of mangroves beyond protected areas », publié le 17 août 2026.
  2. Cirad — « Nature Rebuilds Mangroves Beyond Protected Areas, Six-Decade Study Finds », 21 septembre 2026.

Sources

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