Dans le nord de la Thaïlande, une étude montre que les habitants connaissent les risques du PM2,5 mais restent limités par l’économie

Une étude menée dans une zone rurale de la province de Chiang Mai montre que les habitants comprennent relativement bien les dangers liés aux particules fines PM2,5 et adaptent leurs comportements pendant les épisodes de pollution. Mais les chercheurs soulignent une limite…

Une étude menée dans une zone rurale de la province de Chiang Mai montre que les habitants comprennent relativement bien les dangers liés aux particules fines PM2,5 et adaptent leurs comportements pendant les épisodes de pollution. Mais les chercheurs soulignent une limite importante : la connaissance individuelle ne suffit pas lorsque les solutions dépendent des revenus agricoles, de l’accès à l’eau et des alternatives au brûlage.

Une enquête menée auprès de villageois exposés chaque année

Publiée le 21 septembre 2026 dans BMC Public Health, l’étude a été réalisée par des chercheurs du Research Institute for Health Sciences de l’université de Chiang Mai. Elle porte sur 40 habitants d’un district rural de la province, soumis chaque année à une pollution saisonnière liée notamment aux feux de forêt et au brûlage agricole.

Les données ont été recueillies entre décembre 2023 et août 2024 à l’aide de questionnaires et de discussions de groupe. Les participants avaient un âge médian de 39 ans. La majorité avait suivi une scolarité primaire ou secondaire, et 80 % étaient des cultivateurs de maïs. L’échantillon est limité, ce qui interdit de généraliser automatiquement les résultats à l’ensemble du nord de la Thaïlande, mais il permet d’examiner concrètement la manière dont une communauté rurale comprend et gère le risque.

Une bonne compréhension des effets sanitaires

Les personnes interrogées identifiaient les conséquences à court et à long terme de l’exposition au PM2,5. Elles déclaraient également modifier certaines activités quotidiennes lorsque la qualité de l’air se dégrade, en suivant les recommandations diffusées par les autorités.

Les participants associaient principalement la pollution aux brûlages agricoles et aux incendies de forêt. Ils reconnaissaient la nécessité de réduire ces pratiques et se disaient prêts à participer à des solutions organisées à l’échelle locale.

L’étude ne conclut toutefois pas que les comportements individuels ont permis d’améliorer la qualité de l’air. Au contraire, les habitants estimaient que la pollution restait élevée malgré les efforts et les recommandations déjà appliqués. Cette perception est cohérente avec la nature régionale du phénomène : les fumées peuvent provenir de plusieurs activités et circuler au-delà d’un seul village ou d’un seul district.

Le principal obstacle : les contraintes économiques

Le résultat le plus important de l’étude concerne l’écart entre la volonté d’agir et la capacité réelle à changer les pratiques. Pour de nombreux agriculteurs, le brûlage reste lié à l’organisation du travail, au coût de la main-d’œuvre, à la gestion des résidus et à l’absence de solutions facilement accessibles.

Les habitants interrogés ont cité plusieurs conditions nécessaires pour réduire durablement le recours au feu : des techniques agricoles alternatives, un approvisionnement fiable en eau, des formations professionnelles et un meilleur accès aux marchés. Autrement dit, demander de ne pas brûler ne suffit pas si les agriculteurs ne disposent pas d’une méthode abordable pour remplacer cette pratique et maintenir leurs revenus.

Les auteurs en déduisent que la lutte contre le PM2,5 doit associer information sanitaire, participation communautaire et soutien économique. La responsabilité ne peut pas reposer uniquement sur les individus exposés, surtout lorsque les sources de pollution sont multiples et que les solutions dépendent d’infrastructures ou de politiques publiques.

Un résultat à rapprocher d’une autre étude thaïlandaise

Une autre recherche publiée en août 2026 dans Scientific Reports a étudié 414 volontaires de santé communautaires dans la province de Samut Songkhram. Elle établit une association positive entre le niveau de connaissance environnementale sur le PM2,5 et l’adoption de comportements préventifs.

Cette seconde étude ne porte pas sur la même population ni sur le même territoire. Elle concerne des volontaires chargés de jouer un rôle de relais dans les communautés, tandis que l’étude de Chiang Mai s’intéresse à des habitants ruraux directement confrontés à la pollution saisonnière. Les deux travaux ne mesurent donc pas exactement la même chose. Ils convergent néanmoins sur un point : comprendre le risque peut favoriser la protection, mais cette compréhension doit être accompagnée de moyens concrets.

Ce que l’étude ne permet pas d’affirmer

Les chercheurs ne démontrent pas qu’un niveau élevé d’information réduit à lui seul les concentrations de PM2,5. L’étude ne mesure pas non plus l’efficacité d’un programme précis de prévention et ne permet pas d’établir une relation de cause à effet entre les connaissances des habitants et l’évolution de la pollution.

Elle met plutôt en évidence un problème de mise en œuvre. Les habitants savent que la pollution est dangereuse, reconnaissent certaines de ses causes et déclarent prendre des précautions. Mais ils restent confrontés à des contraintes qui dépassent les décisions individuelles. Des recherches plus larges seront nécessaires pour comparer les communautés, mesurer les pratiques réelles et évaluer quelles aides agricoles réduisent effectivement le brûlage.

À retenir

  • Une étude de l’université de Chiang Mai a été publiée le 21 septembre 2026.
  • Les habitants interrogés connaissent les principaux risques du PM2,5 et adaptent certaines activités pendant les épisodes pollués.
  • Le brûlage agricole et les feux de forêt sont identifiés comme des sources majeures par les participants.
  • La réduction du brûlage dépend aussi d’alternatives agricoles, de l’accès à l’eau, de la formation et des débouchés économiques.
  • L’échantillon de 40 personnes est utile pour comprendre une situation locale, mais ne représente pas toute la Thaïlande.

Pourquoi cette étude compte

Le travail rappelle que la pollution de l’air n’est pas seulement un problème d’information sanitaire. Dans les zones rurales du nord de la Thaïlande, elle est aussi liée aux conditions de production, aux revenus et aux infrastructures disponibles. Une politique efficace doit donc protéger les habitants pendant les épisodes de pollution tout en rendant possibles les changements de pratiques sur le long terme.

Le regard d’Aura Nova

Le résultat le plus instructif n’est pas que les habitants connaissent les dangers du PM2,5 : cette connaissance existe déjà. La question décisive est de savoir si les politiques publiques donnent aux communautés les moyens de transformer cette connaissance en changement durable. Sans alternative économiquement viable au brûlage, la prévention risque de rester une consigne juste mais difficile à appliquer.

Sources

  1. Aurpibul, Sripan et Tangmunkongvorakul, « Environmental health literacy of local villagers in Northern Thailand with high seasonal PM 2.5 air pollution; a mixed method study », BMC Public Health, 21 septembre 2026.
  2. Songsin et al., « Environmental health literacy and preventive behaviors related to PM2.5 exposure among village health volunteers in Thai rural communities: a cross-sectional study », Scientific Reports, 12 août 2026.

Sources

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