Une étude publiée le 27 octobre 2026 dans Scientific Reports analyse des pollens, des spores et d’autres microrestes biologiques prélevés dans le parc national de Sri Nan, dans la province de Nan, au nord de la Thaïlande. Les chercheurs y observent, dans la partie supérieure d’un profil de sol tropical, un assemblage compatible avec une perturbation de la surface liée à la culture.
L’étude a été menée par des chercheurs de l’université Mahidol et de l’université de Chiang Mai. Elle s’inscrit dans un programme consacré à l’utilisation de la palynologie — l’étude des pollens et des spores — pour mieux comprendre l’évolution des milieux forestiers du nord de la Thaïlande et aider à orienter leur restauration.
Des indices conservés dans 118 centimètres de sol
Les scientifiques ont examiné un profil de sol de 118 centimètres prélevé dans le parc national de Sri Nan. Dix-neuf sous-échantillons ont été étudiés afin de rechercher différents types de microrestes : pollens, spores de champignons, œufs d’helminthes, amibes à thèque, algues d’eau douce et restes de rotifères.
Au total, 691 observations ont été recensées. Les restes fongiques dominent largement, avec 478 observations, soit 69,18 % de l’ensemble. Les œufs d’helminthes représentent 53 observations et les amibes à thèque 21. Le pollen terrestre est, lui, peu abondant : seulement 25 grains ont été identifiés dans l’ensemble du profil.
Cette faible quantité de pollen est importante à interpréter. Elle signifie que l’étude ne fournit pas une photographie complète de la végétation actuelle et ne permet pas, à elle seule, d’identifier précisément une culture ou une pratique agricole. Les chercheurs insistent donc sur les limites du signal obtenu.
Une surface plus perturbée que les niveaux profonds
Les échantillons situés dans la partie supérieure du profil contiennent la majorité des œufs d’helminthes et des amibes à thèque, ainsi que tous les restes de spores, d’algues d’eau douce et de rotifères relevés par l’équipe. Les niveaux intermédiaires et profonds livrent, à l’inverse, beaucoup moins de microrestes, voire aucun dans certains cas.
Selon les auteurs, cette concentration dans la partie supérieure est compatible avec une surface terrestre perturbée. Les observations de terrain et les données régionales sur l’usage des sols vont dans le même sens, ce qui conduit les chercheurs à retenir l’hypothèse d’une perturbation liée à la mise en culture.
Il ne s’agit toutefois pas d’une preuve permettant d’affirmer quelle plante a été cultivée, quand une parcelle a été ouverte ou quelles méthodes ont été utilisées. L’étude ne reconstitue pas non plus une chronologie détaillée de la transformation du paysage.
Pourquoi les pollens ne suffisent pas toujours
La palynologie est souvent utilisée pour étudier les changements de végétation et les activités humaines anciennes. Les pollens et les spores peuvent se conserver dans les sols, les sédiments de lacs ou les tourbières. Leur présence peut fournir des indications sur les plantes locales ou sur l’ouverture d’un milieu forestier.
Dans un sol tropical, le signal est cependant difficile à lire. Les organismes du sol, les racines, les mouvements d’eau et les remaniements peuvent déplacer les microrestes. Le profil étudié n’est donc pas nécessairement un enregistrement continu du passé, couche après couche.
Les auteurs signalent également l’absence de datation indépendante et la faible récupération de pollen terrestre. Ces deux éléments limitent la portée historique des résultats. La profondeur ne peut pas être considérée automatiquement comme une échelle du temps, et les différences entre les niveaux doivent être interprétées avec prudence.
Un outil pour la restauration des forêts
L’intérêt de ce travail est aussi méthodologique. Il montre comment les restes fongiques et d’autres micro-indicateurs peuvent compléter les données classiques sur les pollens et les spores. Dans les paysages tropicaux où les archives environnementales sont parfois incomplètes, cette approche peut aider à caractériser les conditions du sol et les effets de la perturbation humaine.
Le projet plus large auquel participent Mahidol University et Chiang Mai University vise à appliquer les données palynologiques à la restauration des forêts du nord de la Thaïlande. L’objectif n’est pas de recréer artificiellement un paysage ancien, mais de disposer de références écologiques mieux documentées pour définir des objectifs de restauration réalistes.
Cette démarche peut être utile dans les zones où la forêt, l’agriculture et les espaces dégradés se côtoient. Elle ne remplace pas les observations de terrain, les données sur la biodiversité ou le suivi de l’occupation des sols. Elle apporte un niveau d’information supplémentaire, invisible à l’œil nu, sur les conditions biologiques du sol.
À retenir
- Une étude publiée le 27 octobre 2026 examine un profil de sol du parc national de Sri Nan, dans la province de Nan.
- Les chercheurs ont observé 691 microrestes biologiques, principalement des restes de champignons.
- La partie supérieure du profil présente un assemblage compatible avec une perturbation de surface liée à la culture.
- L’étude ne permet pas d’identifier une culture précise ni de dater exactement les changements observés.
- Les résultats doivent être utilisés comme un indice écologique, et non comme une reconstitution historique complète.
Pourquoi cette découverte compte
Les forêts tropicales ne se résument pas aux arbres visibles depuis la surface. Les sols conservent aussi des traces de leur fonctionnement et des perturbations qu’ils ont subies. En combinant ces indices microscopiques avec les données de terrain, les scientifiques peuvent mieux comprendre les paysages forestiers dégradés et améliorer les stratégies de restauration en Thaïlande.
Le regard d’Aura Nova
Cette étude est intéressante précisément parce qu’elle reste prudente. Elle ne prétend pas révéler une histoire complète de l’agriculture dans le nord de la Thaïlande. Elle montre plutôt comment un signal biologique partiel peut documenter une perturbation actuelle ou récente, à condition de tenir compte des limites du sol étudié. Pour la conservation, cette prudence est essentielle : restaurer une forêt ne consiste pas seulement à planter des arbres, mais aussi à comprendre l’histoire et l’état du milieu que l’on cherche à réparer.
Sources
- Scientific Reports, « Pollen and non-pollen palynomorph signals of cultivation-related disturbance in a preservation-limited tropical soil profile, northern Thailand », publié le 27 octobre 2026.
- Mahidol University, « The application of paleoenvironment to forest restoration in northern Thailand based on a palynological approach ».
