Une étude publiée le 15 octobre 2026 apporte le premier état des lieux détaillé des déchets présents sur le fond du golfe de Thaïlande et des organismes qui s’y fixent. Menée à partir de chalutages scientifiques réalisés sur 12 stations, entre la partie supérieure et la partie centrale du golfe, elle montre que les déchets sont largement dominés par le plastique. Elle révèle aussi que ces objets abandonnés ne restent pas biologiquement inertes : ils servent de supports artificiels à de nombreux organismes marins.
Une pollution surtout concentrée près des embouchures
Les chercheurs ont mesuré des densités de déchets comprises entre 132,7 et 484,2 objets par kilomètre carré. La moyenne atteint 257 objets par kilomètre carré, avec une forte variation selon les stations étudiées.
Les concentrations les plus élevées ont été relevées à proximité de plusieurs grandes embouchures fluviales dans la partie supérieure du golfe. Les auteurs y voient un indice du rôle possible des apports provenant des bassins versants. Cette observation suggère que les déchets transportés par les rivières peuvent contribuer à leur accumulation sur les fonds marins, même si l’étude ne permet pas de mesurer précisément la part de chaque source.
Le poids des déchets variait également fortement d’une station à l’autre. La densité médiane était de 2,9 kilogrammes par kilomètre carré, avec des valeurs allant de 0,2 à 165,4 kilogrammes par kilomètre carré.
Le plastique représente plus de 85 % des déchets
Le plastique constitue 85,7 % des déchets recensés. Les catégories les plus fréquemment observées sont les feuilles et films plastiques, les cordes, les ficelles ainsi que les équipements et lignes liés à la pêche.
L’analyse des polymères identifiés montre une prédominance du polyéthylène, qui représente 40 % des matériaux analysés, suivi du polypropylène avec 34 % et du nylon avec 13,2 %. Ces matériaux sont courants dans les emballages, les sacs, les films et différents équipements utilisés dans les activités maritimes.
Cette composition indique que la pollution du fond du golfe provient probablement de plusieurs sources. Les déchets de consommation peuvent être transportés depuis les terres par les cours d’eau, tandis que les cordages, lignes et autres équipements témoignent de l’importance des activités de pêche. L’étude ne permet toutefois pas d’attribuer chaque objet à une origine précise.
Des organismes s’installent sur les objets abandonnés
L’un des principaux apports de la recherche concerne le « biofouling », c’est-à-dire la colonisation d’une surface immergée par des organismes vivants. Les chercheurs ont identifié 23 groupes taxonomiques appartenant à neuf embranchements.
Les bryozoaires, de petits organismes coloniaux qui forment souvent des structures calcifiées, présentent le taux de couverture moyen le plus élevé, avec 75,4 % de la surface colonisée sur les déchets étudiés. Des éponges, des balanes, des vers polychètes, des ascidies et des algues ont également été observés.
Le phénomène ne signifie pas que les déchets jouent un rôle écologique équivalent à un récif naturel. Ils constituent plutôt des surfaces dures artificielles dans des environnements où le fond est souvent meuble. Ils peuvent donc modifier localement la structure de l’habitat et offrir un point d’ancrage à des organismes qui ne pourraient pas se fixer de la même manière sur les sédiments.
L’étude signale aussi la présence d’un reste de tube associé à une méduse sur un déchet du fond marin. Les chercheurs présentent cette observation comme une première mention de ce type dans les eaux thaïlandaises. Elle montre que les déchets peuvent servir de support à différents stades de développement ou à des organismes opportunistes.
Un risque écologique, même sans espèce invasive confirmée
Aucune espèce invasive n’a été confirmée dans le cadre de cette étude. Les auteurs soulignent cependant que les déchets flottants ou immergés peuvent potentiellement favoriser le transport et la persistance d’organismes au-delà de leur zone habituelle.
Cette question reste à étudier. Les chercheurs recommandent notamment des analyses taxonomiques plus précises, des méthodes moléculaires et des campagnes répétées à différentes saisons. Ces travaux permettraient de déterminer si les communautés fixées sur les plastiques changent au cours du temps, si certains déchets se déplacent entre les zones du golfe et si des organismes non indigènes peuvent effectivement être transportés de cette manière.
La colonisation biologique peut également modifier le comportement physique des plastiques. Un déchet initialement flottant peut devenir plus lourd après l’installation d’organismes et finir par couler. Une fois sur le fond, il est plus difficile à repérer et à récupérer. Les plastiques peuvent ensuite se fragmenter et contribuer à la formation de microplastiques.
Une première base pour surveiller le fond du golfe
Les auteurs présentent leur travail comme une première base de référence quantitative pour le golfe de Thaïlande. Elle ne constitue pas encore un inventaire complet de toute la pollution marine de la région : les résultats dépendent des stations échantillonnées, de la méthode de chalutage et de la période d’observation.
Son intérêt est néanmoins pratique. Les données permettent d’identifier les types de déchets les plus fréquents et les secteurs où les apports semblent les plus importants. Elles peuvent aider à orienter les programmes de suivi, les opérations de récupération des engins de pêche et les politiques de réduction des déchets provenant des bassins versants.
Pour être efficace, la réponse devra agir à la fois en amont et en mer : amélioration de la collecte terrestre, réduction des plastiques susceptibles d’atteindre les rivières, récupération des engins de pêche perdus et suivi régulier des fonds marins. Le nettoyage ponctuel ne peut pas remplacer la prévention, car les déchets déjà déposés sont difficiles à localiser et à extraire sans perturber les habitats benthiques.
À retenir
- Une étude publiée le 15 octobre 2026 a étudié les déchets du fond marin sur 12 stations du golfe de Thaïlande.
- La densité moyenne mesurée était de 257 objets par kilomètre carré.
- Le plastique représentait 85,7 % des déchets recensés.
- Les feuilles plastiques, cordes, ficelles et équipements de pêche figuraient parmi les principales catégories.
- Au moins 23 groupes d’organismes ont été observés sur les déchets, avec une forte présence de bryozoaires.
- Aucune espèce invasive n’a été confirmée, mais le rôle potentiel des déchets comme supports de transport doit encore être étudié.
Pourquoi cette découverte compte
La pollution du fond marin est moins visible que celle des plages ou de la surface de l’eau. Cette étude montre qu’elle ne se limite pas à une accumulation passive de déchets : les objets immergés peuvent modifier localement les habitats, être colonisés par des organismes et compliquer le devenir des plastiques dans le golfe de Thaïlande. Elle fournit surtout une référence nécessaire pour mesurer les évolutions futures.
Le regard d’Aura Nova
Le résultat le plus important n’est pas que le plastique puisse accueillir de la vie, mais qu’il puisse créer une confusion écologique. Un déchet colonisé peut donner l’apparence d’un nouvel habitat tout en restant une source de perturbation et de fragmentation. La présence d’organismes sur ces objets ne transforme donc pas la pollution en bénéfice pour l’écosystème. Elle rappelle plutôt que les déchets s’intègrent progressivement aux mécanismes naturels, parfois de manière difficile à prévoir.
Sources
- Estuarine, Coastal and Shelf Science — “From seafloor litter to living substrate: A first assessment of litter composition and plastic-associated fouling communities in the Gulf of Thailand”, 15 octobre 2026
- Center for Ocean Plastic Studies — publications et suivi des recherches sur les déchets marins dans le golfe de Thaïlande
- SEAFDEC/TD — “Assessment of Seafloor Debris in the Gulf of Thailand”
Sources
- From seafloor litter to living substrate: A first assessment of litter composition and plastic-associated fouling communities in the Gulf of Thailand
- Center for Ocean Plastic Studies — publications sur les déchets marins dans le golfe de Thaïlande
- SEAFDEC/TD — Assessment of Seafloor Debris in the Gulf of Thailand
