Dans l’est de la Thaïlande, une étude cartographie les zones où les éléphants risquent de croiser les cultures

Une étude publiée le 14 octobre 2026 dans Scientific Reports propose une cartographie saisonnière des zones où les conflits entre éléphants sauvages et activités agricoles sont les plus probables dans l’est de la Thaïlande. Les chercheurs de l’université Mahidol ont travaillé autour…

Une étude publiée le 14 octobre 2026 dans Scientific Reports propose une cartographie saisonnière des zones où les conflits entre éléphants sauvages et activités agricoles sont les plus probables dans l’est de la Thaïlande. Les chercheurs de l’université Mahidol ont travaillé autour du complexe forestier oriental, ou EFCOM, dans une région soumise à d’importants changements d’usage des sols. Leur objectif n’était pas de compter les éléphants, mais d’identifier les conditions qui favorisent leurs déplacements vers les plantations et les terres cultivées.

Le résultat principal est clair : les zones agricoles ne sont pas seulement des espaces traversés occasionnellement par les animaux. Certaines plantations, notamment les plantations d’hévéas, peuvent fonctionner comme des « pseudo-habitats », c’est-à-dire des milieux de substitution utilisés par les éléphants lorsque les habitats naturels sont dégradés ou fragmentés. ([nature.com](https://www.nature.com/articles/s41598-026-73443-5?utm_source=openai))

Une analyse fondée sur 400 questionnaires et des modèles spatiaux

Les chercheurs ont utilisé 400 questionnaires permettant de localiser des rencontres entre habitants et éléphants. Ces informations ont ensuite été croisées avec les données sur l’occupation des sols, le relief et les variables climatiques. Deux méthodes de modélisation ont été combinées : une régression logistique, destinée à mesurer le poids statistique de différents facteurs, et le modèle MaxEnt, couramment utilisé pour estimer la distribution potentielle d’une espèce.

L’analyse a porté sur trois bandes situées autour de la limite de l’EFCOM : de 0 à 1 kilomètre, de plus de 1 à 3 kilomètres et de plus de 3 à 5 kilomètres. Ce découpage permet de distinguer les secteurs immédiatement adjacents à la forêt des zones agricoles plus éloignées.

Les auteurs précisent que leur étude repose sur les expériences rapportées par les communautés et sur des modèles de probabilité. Elle ne constitue donc pas un recensement direct de tous les éléphants ni une observation continue de leurs déplacements.

Les plantations d’hévéas apparaissent comme un habitat de substitution

Le type de forêt et la présence de plantations d’hévéas sont les deux facteurs les plus fortement associés aux zones fréquentées par les éléphants au fil des saisons. Selon l’étude, ces plantations sont particulièrement importantes le long des lisières forestières, là où la fragmentation des milieux naturels peut faciliter les incursions vers les terres agricoles.

Cette conclusion ne signifie pas que l’hévéaculture attire systématiquement les éléphants, ni qu’elle remplace réellement une forêt naturelle. Le terme « pseudo-habitat » décrit plutôt un espace agricole qui offre certaines conditions utilisables par les animaux, tout en augmentant le risque de rencontre avec les habitants.

La proximité de points d’eau joue également un rôle. Les plans d’eau peuvent conduire les éléphants vers des secteurs agricoles, en particulier lorsque ceux-ci se trouvent à proximité des limites forestières. La combinaison entre eau, végétation disponible et discontinuité du couvert forestier semble donc contribuer à la formation de couloirs de déplacement.

Des zones à risque différentes selon la saison

L’étude montre que les facteurs climatiques ne jouent pas le même rôle pendant la saison sèche et la saison humide. Pendant la saison sèche, les secteurs favorables sont associés à des températures plus fraîches et à des précipitations limitées. Pendant la saison humide, les modèles mettent davantage en avant les températures modérées et la variabilité des précipitations.

Les zones situées à moins de 3 kilomètres de la limite de l’EFCOM sont classées comme présentant un risque « très élevé » durant la saison humide. La province de Chanthaburi arrive en tête parmi les provinces étudiées, devant Chachoengsao, Rayong et Sa Kaeo.

Le risque ne concerne pas les mêmes cultures toute l’année. Les plantations de bananiers et de cocotiers apparaissent exposées durant les deux saisons. Pendant la saison humide, le risque concerne notamment les rizières et les plantations de langsat du Sud, puis se déplace vers des parcelles voisines de longaniers et de maïs. Ces résultats donnent une dimension temporelle à la prévention : une mesure uniforme pour toute l’année risque d’être moins efficace qu’une stratégie adaptée aux cultures et aux périodes concernées.

Une étude destinée à l’aménagement du territoire

Les performances des modèles sont contrastées mais solides : l’indicateur AUC, utilisé pour évaluer leur capacité à distinguer les secteurs plus ou moins favorables, se situe entre 0,75 et 0,76 pour la régression logistique et entre 0,93 et 0,94 pour MaxEnt. Les auteurs présentent ces résultats comme un outil d’aide à la planification, pas comme une prédiction certaine de chaque future rencontre.

La publication intervient dans une région où le développement économique modifie rapidement l’occupation des sols. Pour les chercheurs, les cartes de risque pourraient aider à orienter les infrastructures, les cultures et les dispositifs de surveillance autour des lisières forestières. Ils recommandent également de soutenir des cultures à plus forte valeur et des activités non agricoles afin de réduire la dépendance des communautés aux productions les plus vulnérables.

Cette approche rejoint une étude antérieure de chercheurs thaïlandais, qui avait déjà observé une réduction de la superficie d’habitat favorable aux éléphants dans la région entre 2000 et 2020, parallèlement à une hausse des incursions dans les zones agricoles. Cette publication de 2023 constitue un contexte scientifique, et non un nouveau résultat publié en octobre 2026. ([murex.mahidol.ac.th](https://murex.mahidol.ac.th/en/publications/environmental-factors-induced-crop-raiding-by-wild-asian-elephant/?utm_source=openai))

À retenir

  • Une étude de Mahidol publiée le 14 octobre 2026 cartographie les risques de conflit entre éléphants et agriculture dans l’est de la Thaïlande.
  • Les plantations d’hévéas peuvent servir de pseudo-habitats le long des lisières forestières.
  • Les zones situées à moins de 3 kilomètres de l’EFCOM sont classées à très haut risque pendant la saison humide.
  • Les cultures exposées changent selon la saison : bananes et noix de coco toute l’année, puis riz, langsat, longanes et maïs à certaines périodes.
  • Les cartes produites sont des outils d’aide à la décision, et non des prédictions certaines de chaque déplacement.

Pourquoi cette étude compte

Elle déplace le débat d’une opposition simpliste entre forêt et agriculture vers une analyse plus précise des lisières, des cultures, de l’eau et des saisons. Pour protéger les éléphants comme les agriculteurs, il faut savoir où et quand les interactions sont les plus probables. Cette connaissance peut aider à mieux cibler la surveillance, les mesures de prévention et les décisions d’aménagement.

Le regard d’Aura Nova

La valeur de cette étude tient moins à une nouvelle alerte qu’à sa précision opérationnelle. Elle montre que le conflit n’est pas réparti uniformément autour des forêts : il se concentre dans certains paysages et varie au cours de l’année. Mais une carte, même performante, ne remplace pas le dialogue avec les communautés. La prévention ne sera durable que si les habitants participent à la définition des cultures, des couloirs de déplacement et des mesures de protection qui les concernent directement.

Sources

Étude publiée dans Scientific Reports le 14 octobre 2026, par Pudtipon Narkyai, Rattanawat Chaiyarat et Boonlue Kachenchart, affiliés à Mahidol University.

Sources

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