Une étude menée par des chercheurs de l’université de Chiang Mai et de l’université Kasetsart décrit 16 espèces de champignons jusqu’ici inconnues de la science, associées à des fleurs du nord de la Thaïlande. Les résultats, publiés le 3 août 2026 dans la revue scientifique IMA Fungus, montrent que les fleurs constituent un habitat encore largement sous-exploré pour la biodiversité microbienne tropicale. ([agris.fao.org](https://agris.fao.org/search/en/providers/122193/records/6a96c9bddd5645257f1c46d2))
Une enquête commencée en 2024
Pour cette étude, les chercheurs ont collecté des échantillons sur 31 espèces de fleurs dans le nord de la Thaïlande. Ils ont isolé 54 souches appartenant au genre Aureobasidium, un groupe de champignons microscopiques à l’aspect souvent sombre et levuriforme.
Ce genre est présent dans de nombreux milieux, notamment sur les plantes, dans le sol et dans différents environnements naturels. Pourtant, sa diversité dans les fleurs tropicales reste mal documentée. L’équipe a donc cherché à déterminer si les champignons observés correspondaient à des espèces déjà connues ou à des lignées distinctes.
Pourquoi l’ADN ne suffisait pas toujours
Les chercheurs n’ont pas fondé leur identification sur un seul indice. Leur méthode a combiné des analyses phylogénétiques portant sur plusieurs régions génétiques, l’observation des caractères microscopiques, des tests physiologiques et l’étude de la croissance à différentes températures.
Cette approche était nécessaire car plusieurs espèces se ressemblent fortement au microscope. Les marqueurs moléculaires couramment utilisés ne permettaient pas toujours de les distinguer clairement. L’étude souligne ainsi les limites d’une identification reposant uniquement sur l’apparence ou sur une seule séquence génétique.
En confrontant plusieurs types de données, l’équipe a pu reconnaître 16 espèces nouvelles. Elle a également identifié cinq espèces déjà décrites dans la littérature scientifique, dont quatre n’avaient encore jamais été signalées en Thaïlande. ([agris.fao.org](https://agris.fao.org/search/en/providers/122193/records/6a96c9bddd5645257f1c46d2))
Des noms liés aux fleurs et au nord du pays
Les nouvelles espèces ont reçu des noms faisant référence à leurs plantes hôtes, à des lieux du nord de la Thaïlande ou à des chercheurs ayant contribué à la mycologie thaïlandaise. Parmi les noms publiés figurent notamment Aureobasidium bougainvilleae, A. catharanthi, A. plumeriae, A. chiangmaiense, A. lannaense et A. siamense.
Cette nomenclature ne signifie pas nécessairement que chaque champignon ne peut vivre que sur une seule fleur. Elle indique surtout le contexte dans lequel les souches ont été découvertes et permet de conserver une trace de leur origine biologique ou géographique.
Une découverte de biodiversité, pas encore une application immédiate
La publication est avant tout une étude taxonomique et écologique. Elle établit l’existence de nouvelles espèces et précise leur position dans l’arbre évolutif du genre Aureobasidium. Elle ne démontre pas encore que ces champignons peuvent être utilisés directement pour l’agriculture, l’industrie ou la médecine.
Certains membres du genre sont étudiés pour leur capacité à produire des enzymes, à intervenir dans des processus liés aux maladies des plantes ou à dégrader certains matériaux. Mais ces propriétés ne peuvent pas être automatiquement attribuées aux 16 espèces nouvellement décrites. Il faudrait des recherches spécifiques pour déterminer leur fonctionnement, leur sécurité et leurs éventuelles applications.
De même, le fait que quelques espèces d’Aureobasidium soient associées à des infections opportunistes ne signifie pas que les nouvelles espèces présentent un risque connu pour la santé humaine. L’étude fournit plutôt une base de référence qui pourra aider à surveiller l’évolution et la répartition de ce groupe de champignons. ([eurekalert.org](https://www.eurekalert.org/news-releases/1143840?utm_source=openai))
Ce que cette étude révèle sur les fleurs tropicales
Les fleurs sont souvent étudiées pour leur rôle dans la reproduction des plantes, leur nectar ou leurs interactions avec les insectes. Elles abritent pourtant aussi des communautés de bactéries, de levures et de champignons. Ces organismes peuvent se trouver à la surface des pétales, dans le pollen ou dans d’autres parties de la fleur.
Le résultat obtenu en Thaïlande ne permet pas de calculer à lui seul la diversité totale des champignons floricoles du pays. Les prélèvements ont porté sur un nombre limité de plantes et sur une zone géographique déterminée. En revanche, la découverte de 16 espèces nouvelles dans un seul groupe taxonomique montre que les inventaires restent incomplets, y compris dans des habitats facilement accessibles.
Elle rappelle aussi que la biodiversité ne se résume pas aux grands animaux ou aux plantes visibles. Une part importante de la diversité biologique se trouve dans des organismes microscopiques qui passent inaperçus, mais qui participent aux équilibres écologiques et aux cycles de la matière.
À retenir
- Une équipe liée aux universités de Chiang Mai et Kasetsart a décrit 16 nouvelles espèces du genre Aureobasidium.
- Les champignons ont été isolés à partir de 54 souches collectées sur 31 espèces de fleurs dans le nord de la Thaïlande.
- L’étude a aussi signalé quatre espèces déjà connues pour la première fois dans le pays.
- Les résultats reposent sur une combinaison d’analyses génétiques, morphologiques et physiologiques.
- Aucune application médicale, agricole ou industrielle immédiate n’est démontrée pour les nouvelles espèces.
Pourquoi cette découverte compte
Cette étude améliore la connaissance de la biodiversité thaïlandaise à une échelle souvent négligée. Elle fournit également des références indispensables pour les recherches futures sur les interactions entre plantes et microorganismes, la santé végétale et l’évolution des champignons tropicaux.
Le regard d’Aura Nova
La principale leçon de cette découverte est méthodologique : même un habitat familier peut encore révéler une diversité inconnue lorsque les chercheurs utilisent des outils d’identification suffisamment précis. En Thaïlande, la protection de la biodiversité ne concerne donc pas seulement les forêts, les récifs ou les grands mammifères. Elle passe aussi par la description patiente des organismes discrets qui vivent dans les fleurs, les sols et les tissus végétaux.
Sources
- IMA Fungus, « Unexpected diversity of flower-associated Aureobasidium reveals sixteen novel species from northern Thailand », publication scientifique du 3 août 2026.
- FAO AGRIS, notice bibliographique de l’étude et résumé scientifique.
- PubMed, notice de l’article, PMID 42582557.
- EurekAlert, communiqué de Pensoft Publishers présentant les résultats de l’étude.
