À Ban Yaimom, dans la province de Trat, une histoire locale ne sera pas racontée uniquement par des chercheurs ou des institutions. Ce mercredi 7 octobre 2026, une vidéo participative et un livre consacré à la communauté seront présentés à Bangkok, avec une particularité essentielle : les habitants ont eux-mêmes contribué à documenter leur histoire, leurs usages de l’espace et leurs difficultés juridiques.
La présentation aura lieu de 17 heures à 19 heures à la faculté de science politique de l’université Chulalongkorn, dans le cadre de la Bangkok Climate Action Week. L’événement est organisé par le Center for Social Development Studies de Chulalongkorn et la Sustainable Development Foundation. Il est prévu en présentiel et en ligne, en thaï et en anglais, avec traduction simultanée.
Une communauté de pêcheurs qui produit son propre récit
Ban Yaimom est une communauté côtière de la province de Trat, dans l’est de la Thaïlande. La pêche artisanale y joue un rôle important dans la vie sociale et économique locale. Le village est également connu pour son environnement de mangrove, sa plage de sable noir et ses initiatives de conservation et de tourisme communautaire.
Le projet présenté le 7 octobre ne se limite toutefois pas à montrer un paysage ou une tradition. Il cherche à rendre visibles des éléments plus difficiles à percevoir depuis l’extérieur : la manière dont les habitants utilisent leur territoire, les lieux qui comptent dans leur quotidien, la mémoire du village et les difficultés rencontrées lorsqu’il s’agit de faire reconnaître des droits issus de pratiques anciennes.
Selon le Center for Social Development Studies, les habitants ont participé à la création du film en documentant leur propre histoire, leurs pratiques spatiales et leurs luttes juridiques. Un livre de récits communautaires accompagne la vidéo. L’objectif est de montrer comment une communauté peut transformer des droits parfois qualifiés d’« invisibles » en un récit compréhensible et utilisable dans le débat public.
Quand la connaissance locale devient un outil de défense
Les communautés de pêcheurs à petite échelle occupent une place particulière dans les zones côtières thaïlandaises. Elles dépendent directement des canaux, des mangroves, des zones de pêche et des accès à la mer, tout en contribuant à l’entretien de connaissances écologiques transmises localement.
Mais ces communautés peuvent être fragilisées par plusieurs facteurs : la pression économique, les changements environnementaux, l’évolution des usages du littoral et l’incertitude concernant les droits d’occupation ou d’utilisation de certains espaces. Dans ce contexte, une carte officielle ou un document administratif ne suffit pas toujours à restituer la relation réelle entre un village et son environnement.
Le projet de Ban Yaimom part d’un principe différent. Les habitants ne sont pas seulement interrogés ou filmés par des personnes extérieures : ils participent à la définition de ce qui doit être raconté et de la manière de le raconter. Cette approche permet de faire apparaître des éléments rarement visibles dans les présentations classiques du patrimoine : les itinéraires quotidiens, les lieux de travail, les espaces de mémoire et les conséquences concrètes des décisions prises à un autre niveau.
Un projet lié à l’adaptation climatique, mais pas seulement
Le film et le livre ont été réalisés dans le cadre du Just Futures Mekong Fellowship Program, un programme de recherche interdisciplinaire qui met l’accent sur la production de connaissances avec les communautés concernées. Le projet relie les expériences locales aux questions de changement climatique, de transformation économique et de justice sociale.
Il serait toutefois réducteur de présenter Ban Yaimom comme une simple communauté « victime » du changement climatique. La démarche documente aussi ses capacités d’organisation, ses savoirs et ses initiatives. La communauté dispose notamment d’un écomusée et développe des activités de conservation et de tourisme communautaire présentées par l’organisme public DASTA, chargé de soutenir le tourisme durable dans certaines destinations thaïlandaises.
Ce point est important pour comprendre l’intérêt du projet. La vidéo ne cherche pas seulement à alerter sur les menaces qui pèsent sur le littoral. Elle montre également comment les habitants produisent eux-mêmes les connaissances nécessaires pour défendre leur manière de vivre et participer aux décisions qui concernent leur territoire.
Une autre façon de parler du patrimoine thaïlandais
Le patrimoine est souvent associé à des monuments, à des cérémonies ou à des objets anciens. Ban Yaimom rappelle qu’il peut aussi être constitué de relations quotidiennes avec un canal, une mangrove, un port de pêche ou une zone de collecte. Ces pratiques ne sont pas toujours spectaculaires, mais elles structurent la vie d’une communauté.
La présentation organisée à Bangkok pose donc une question plus large : qui a le droit de raconter une communauté et de définir ce qui mérite d’être conservé ? Dans le projet de Ban Yaimom, la réponse ne repose pas uniquement sur l’expertise académique. Elle inclut les habitants, leurs souvenirs, leur compréhension du territoire et leur capacité à expliquer eux-mêmes les changements qu’ils vivent.
Pour les personnes intéressées, l’événement est annoncé comme hybride et accessible sur inscription. Il se tiendra le mercredi 7 octobre 2026, de 17 heures à 19 heures, à la faculté de science politique de Chulalongkorn. Les informations pratiques et les modalités de participation sont indiquées sur la page officielle de l’organisateur.
À retenir
- Ban Yaimom est une communauté de pêcheurs située dans la province de Trat.
- Ses habitants ont participé à la réalisation d’une vidéo et d’un livre consacrés à leur histoire et à leurs pratiques territoriales.
- Le projet aborde les droits coutumiers, les pressions économiques et les effets des transformations environnementales.
- La présentation publique est prévue le 7 octobre 2026 à l’université Chulalongkorn, à Bangkok, avec une participation en ligne annoncée.
Pourquoi cette histoire est intéressante
Cette initiative montre une facette peu visible de la Thaïlande : celle de communautés qui utilisent la vidéo, le récit et la recherche participative pour défendre leur mémoire et leur place dans les décisions concernant le littoral. Elle rappelle aussi que le patrimoine vivant ne se limite pas aux traditions mises en scène pour les visiteurs. Il comprend des savoirs pratiques, des droits revendiqués et une relation quotidienne avec un territoire.
Le regard d’Aura Nova
Le principal intérêt du projet de Ban Yaimom tient moins à son caractère événementiel qu’à sa méthode. Lorsque les habitants participent directement à la construction du récit, ils ne sont plus seulement présentés comme les témoins d’une transformation : ils deviennent les auteurs d’une connaissance utile pour comprendre cette transformation. C’est une évolution importante pour le journalisme, la recherche et la valorisation du patrimoine en Thaïlande. Elle invite à regarder les communautés côtières non comme des décors ou des survivances, mais comme des acteurs capables de produire leur propre définition de l’avenir.
Sources
- Center for Social Development Studies, Chulalongkorn University — présentation de l’événement et du projet participatif
- Center for Social Development Studies — activités de recherche participative à Ban Yaimom
- DASTA / CBT Thailand — présentation de la communauté de Ban Yaimom et de ses initiatives locales
