La Thaïlande a reconnu 17 espaces comme « autres mesures de conservation efficaces par zone », ou OECM, lors d’une réunion nationale consacrée à la biodiversité le 24 août 2026. Cette décision élargit les outils de conservation du pays au-delà des parcs nationaux et des réserves officiellement protégées.
La reconnaissance concerne cinq forêts récréatives, neuf forêts communautaires situées dans la province de Tak, ainsi que trois autres sites liés à des établissements d’enseignement, à la recherche et à une activité industrielle. L’annonce a été publiée par le ministère thaïlandais des Ressources naturelles et de l’Environnement.
Une conservation qui ne passe pas uniquement par les parcs nationaux
Les OECM désignent des espaces qui ne sont pas nécessairement classés comme aires protégées au sens traditionnel, mais dont la gestion produit des effets durables et mesurables pour la biodiversité. Leur objectif principal peut être différent de la conservation : il peut s’agir de l’usage communautaire d’une forêt, de la recherche scientifique, de la gestion d’un site industriel ou d’une autre activité. Ce qui compte est que les règles appliquées sur place contribuent effectivement à préserver des espèces, des habitats ou des fonctions écologiques.
Cette approche complète donc les dispositifs existants. Un parc national repose sur un statut juridique de protection clairement défini. Une OECM peut, elle, conserver une valeur écologique importante tout en accueillant certaines activités humaines. La qualité de la gestion, la durée des résultats et la capacité à maintenir la biodiversité deviennent alors essentielles.
Quels sont les 17 espaces concernés ?
Selon le ministère, les cinq forêts récréatives et les neuf forêts communautaires de la province de Tak constituent la plus grande partie de cette nouvelle reconnaissance. S’y ajoutent le campus de Kanchanaburi de l’université Mahidol, l’université Kasetsart, la station de recherche de Wang Nam Khiao et un site lié à un projet de production pétrolière.
Le ministère ne présente pas ces lieux comme un ensemble homogène. Ils ont des statuts, des usages et des gestionnaires différents. Une forêt communautaire de Tak ne fonctionne pas comme un campus universitaire ou comme un site industriel. Leur point commun est la reconnaissance d’un effet de conservation associé à la gestion de chaque espace.
La division de recherche sur la biodiversité forestière du département royal des forêts avait également annoncé la reconnaissance de 14 premiers OECM relevant de son administration : cinq forêts récréatives et neuf forêts communautaires, couvrant au total 131,46 kilomètres carrés. La décision ministérielle du 24 août va plus loin en recensant 17 espaces, en incluant trois sites supplémentaires.
Un dispositif lié à l’objectif mondial « 30 × 30 »
Les OECM s’inscrivent dans l’objectif international consistant à conserver au moins 30 % des terres et des océans d’ici 2030. Pour la Thaïlande, cet outil permet de mieux prendre en compte des territoires qui peuvent jouer un rôle écologique sans correspondre à la définition classique d’une aire protégée.
Le bureau thaïlandais chargé de la politique et de la planification des ressources naturelles et de l’environnement explique que ces zones peuvent servir de relais entre des espaces protégés, soutenir la connectivité écologique et renforcer la participation des communautés, des universités, des organismes publics et du secteur privé.
Cette logique est particulièrement importante dans un pays où les habitats naturels sont fragmentés par les routes, l’agriculture, l’urbanisation et les infrastructures. Des espaces plus petits, mais correctement gérés, peuvent contribuer à maintenir des corridors pour la faune et à protéger des zones de reproduction, des forêts riveraines ou des bassins versants.
Une reconnaissance qui ne garantit pas automatiquement les résultats
La décision du 24 août est une reconnaissance administrative et politique. Elle ne signifie pas que les 17 espaces disposent déjà d’un niveau de protection identique, ni que les résultats écologiques sont définitivement acquis.
Le ministère insiste sur la nécessité d’une gestion concrète, d’une restauration lorsque cela est nécessaire et d’une utilisation durable des ressources naturelles. Les résultats devront donc être suivis dans le temps : état des habitats, présence des espèces, qualité de l’eau, pression liée aux activités humaines et respect des règles locales.
La question du suivi sera déterminante pour éviter que les OECM ne deviennent un simple outil de comptabilisation. Une zone peut être inscrite dans une stratégie nationale, mais perdre progressivement sa valeur écologique si les moyens, les responsabilités et les indicateurs ne sont pas clairement définis.
Ce que cette décision change pour les territoires concernés
À court terme, la reconnaissance donne une visibilité nationale à des espaces qui n’étaient pas nécessairement identifiés comme des territoires de conservation. Elle peut faciliter la coordination entre administrations, universités, collectivités et communautés locales.
Elle peut aussi renforcer la prise en compte de la biodiversité dans des lieux où la conservation n’est pas l’unique activité. Dans une forêt communautaire, cela peut encourager la protection des habitats tout en maintenant certains usages locaux. Dans un site de recherche, cela peut soutenir le suivi scientifique. Dans un espace industriel, cela pose la question de la compatibilité entre production et maintien des fonctions écologiques.
En revanche, la reconnaissance ne remplace ni les études de terrain ni les règles de protection applicables aux espèces menacées. Elle ne transforme pas automatiquement les sites en parcs nationaux et ne supprime pas les usages autorisés. Son efficacité dépendra des engagements pris localement et de leur contrôle.
À retenir
- Le 24 août 2026, la Thaïlande a reconnu 17 espaces comme OECM.
- Le groupe comprend cinq forêts récréatives, neuf forêts communautaires à Tak et trois autres sites.
- Les OECM ne sont pas nécessairement des parcs nationaux, mais doivent produire des effets durables pour la biodiversité.
- La reconnaissance ne garantit pas à elle seule la conservation : le suivi, la gestion et les moyens disponibles seront décisifs.
Pourquoi cette décision compte
La Thaïlande élargit sa politique de conservation à des espaces gérés par des communautés, des universités, des organismes publics ou des entreprises. Cette approche peut améliorer la continuité écologique entre les aires protégées, à condition que les résultats soient vérifiés et que les acteurs locaux disposent de responsabilités et de moyens clairement définis.
Le regard d’Aura Nova
La reconnaissance de 17 OECM constitue une évolution importante de la manière de penser la conservation en Thaïlande. Elle rappelle que la biodiversité ne se trouve pas uniquement derrière les limites d’un parc national. Mais l’annonce doit être considérée comme un début de processus, non comme la preuve que les écosystèmes concernés sont déjà durablement protégés. La prochaine étape sera de mesurer ce que ces sites conservent réellement, et de rendre ces résultats accessibles au public.
Sources
- Ministère thaïlandais des Ressources naturelles et de l’Environnement, décision du 24 août 2026 sur la reconnaissance de 17 OECM.
- Département royal des forêts, division de recherche sur la biodiversité forestière, présentation des 14 premiers OECM de son administration.
- Office thaïlandais de la politique et de la planification des ressources naturelles et de l’environnement, informations générales sur les OECM.
