Des chercheurs de l’université Rajabhat de Nakhon Pathom ont transformé des cendres de feuilles de canne à sucre en verre destiné à fabriquer des bijoux. L’initiative associe valorisation de déchets agricoles, artisanat local et références à la culture de Dvaravati, ancienne civilisation particulièrement présente dans la province.
Présentée le 23 septembre 2026 par Thai PBS World, cette recherche ne correspond pas encore à une production industrielle généralisée. Il s’agit d’un prototype technologique déjà testé, avec l’objectif de transférer progressivement le procédé à des artisans et à de petites entreprises.
Un déchet agricole riche en silice
Le point de départ du projet est la feuille de canne à sucre, souvent brûlée ou laissée comme résidu après la récolte. Les analyses menées sur des cendres collectées à Nakhon Pathom et dans les environs ont révélé une forte proportion de silice : 68,87 % de la masse, selon les résultats communiqués par le projet. Les cendres contiennent également 18,98 % d’oxyde de calcium.
Ces deux composants sont utilisés dans la fabrication du verre commercial. Les chercheurs ont donc cherché à déterminer si cette matière agricole pouvait remplacer une partie des ressources habituellement utilisées dans la production de verre décoratif.
Le mélange mis au point fond à une température inférieure à 1 200 °C. Cette caractéristique pourrait réduire la consommation d’énergie et les coûts de transformation par rapport à certains procédés industriels, même si les économies réelles dépendront de l’équipement, de la quantité produite et de la régularité de l’approvisionnement.
Des bijoux inspirés de Dvaravati
La recherche ne s’est pas limitée à la composition chimique du matériau. Les équipes de l’université ont également travaillé sur l’apparence des objets, en s’inspirant des motifs associés à la culture de Dvaravati et au patrimoine ancien de Nakhon Pathom.
Des oxydes de cuivre, de cobalt et de chrome ont été ajoutés afin d’obtenir différentes couleurs. Les prototypes comprennent notamment des bracelets, des colliers, des bagues, des boucles d’oreilles et des joncs. Les formes et les motifs combinent des références historiques avec un dessin contemporain destiné à un usage actuel.
Cette dimension locale est importante pour le projet. Le matériau ne sert pas seulement à produire un objet décoratif : il permet aussi de relier une ressource agricole disponible dans la région à l’identité culturelle de Nakhon Pathom.
Un modèle qui veut éviter l’achat d’équipements coûteux
Selon les informations présentées par le projet, l’université pourrait jouer le rôle de centre pilote. Elle transformerait les cendres de feuilles de canne à sucre, mais aussi potentiellement des cendres de balle de riz ou du verre usagé, en blocs de verre standardisés.
Ces blocs seraient ensuite confiés à des artisans ou à des groupes communautaires, qui pourraient les façonner avec des outils moins coûteux. L’objectif est d’éviter que chaque petite structure doive investir dans un four industriel ou dans des équipements de laboratoire.
Deux sites sont cités comme premiers terrains d’application : un groupe d’artisans pratiquant le travail du verre au chalumeau dans le district de Nakhon Chai Si, à Nakhon Pathom, et un réseau d’entreprises communautaires à Tap Luang, dans le district de Ban Rai, à Uthai Thani. Ce second réseau travaille avec des sucreries confrontées à d’importants volumes de cendres issues des feuilles.
Des prototypes, pas encore une filière établie
Le projet indique qu’une analyse coût-bénéfice estime qu’un investissement local dans un équipement de fusion standard pourrait atteindre son seuil de rentabilité en deux ans. Les bijoux finis sont annoncés dans une fourchette de 200 à 500 bahts.
Ces montants doivent toutefois être compris comme des estimations liées au modèle étudié, et non comme un prix national déjà fixé. La fiche technologique du projet classe par ailleurs la solution au niveau TRL 5, c’est-à-dire une technologie validée dans un environnement représentatif, mais qui doit encore franchir des étapes avant une commercialisation complète à grande échelle.
Un mémorandum de coopération avec un fabricant international de bijoux basé à Lamphun est également mentionné pour étudier l’utilisation de matières premières alternatives. Là encore, il s’agit d’une coopération de développement et non de la preuve qu’une collection issue de ces cendres est déjà distribuée mondialement.
Ce que cette idée change pour les communautés
La proposition est intéressante parce qu’elle combine trois enjeux souvent traités séparément : la réduction des déchets agricoles, la création de valeur dans les territoires ruraux et la mise en avant d’un patrimoine culturel local.
Si le procédé devient suffisamment stable et accessible, les communautés pourraient vendre un produit à plus forte valeur ajoutée que la matière brute. Elles resteraient toutefois dépendantes de plusieurs conditions : la qualité variable des cendres, la maîtrise des températures, la sécurité des manipulations et l’existence d’un marché pour les bijoux.
Le projet ne signifie donc pas que toutes les cendres de canne à sucre peuvent être transformées directement en bijoux. Il montre plutôt comment une université tente de convertir un résidu agricole en matériau standardisé, puis de le relier à un savoir-faire artisanal et à une histoire régionale.
À retenir
- Des chercheurs de l’université Rajabhat de Nakhon Pathom utilisent des cendres de feuilles de canne à sucre pour produire un verre destiné à la bijouterie.
- Les cendres analysées contiennent 68,87 % de silice et 18,98 % d’oxyde de calcium.
- Les prototypes s’inspirent de motifs liés à la culture de Dvaravati.
- Le projet veut fournir des blocs de verre aux artisans afin de limiter leurs investissements dans des équipements lourds.
- La technologie reste au stade du prototype avancé et n’est pas encore une filière industrielle établie.
Le regard d’Aura Nova
Cette histoire est insolite par sa matière première, mais son intérêt dépasse l’anecdote. Elle illustre une évolution concrète de l’innovation locale en Thaïlande : partir d’un déchet disponible dans une province agricole, puis chercher à le transformer en produit lié à l’identité du territoire.
La réussite du projet se mesurera moins à l’originalité du bijou qu’à sa capacité à fonctionner durablement pour les artisans : matériau régulier, coûts maîtrisés, débouchés réels et bénéfices locaux. Pour l’instant, les éléments disponibles décrivent une solution prometteuse et documentée, mais encore en phase de transfert vers la production.
Sources
- Thai PBS World, « Sugarcane waste turned into Dvaravati-inspired glass jewellery », 23 septembre 2026
- PMU-A Apptech, fiche technologique « กระบวนการผลิตแก้วโดยใช้ขี้เถ้าใบอ้อยให้กลายเป็นอัญมณีเทียม »
- Postup News, présentation du projet de l’université Rajabhat de Nakhon Pathom
