Dans le golfe de Thaïlande, une étude retrace sur mille ans le stockage du carbone par les mangroves

Une étude publiée le 15 septembre 2026 dans Science of the Total Environment analyse la manière dont deux mangroves du golfe supérieur de Thaïlande ont accumulé et conservé du carbone au cours du dernier millénaire. Les chercheurs ont travaillé sur deux sites…

Une étude publiée le 15 septembre 2026 dans Science of the Total Environment analyse la manière dont deux mangroves du golfe supérieur de Thaïlande ont accumulé et conservé du carbone au cours du dernier millénaire. Les chercheurs ont travaillé sur deux sites estuariens, à Bang Khun Thian, dans la région de Bangkok, et à Khlong Kone, dans la province de Samut Songkhram.

Cette recherche ne mesure pas seulement la quantité de carbone présente aujourd’hui dans les arbres. Elle s’intéresse surtout aux sols et aux sédiments, où une grande partie du carbone des mangroves peut rester piégée pendant de très longues périodes. L’étude combine des données paléoécologiques, sédimentologiques et géochimiques afin de reconstituer l’évolution de ces milieux côtiers.

Un stockage de carbone qui s’inscrit dans le temps long

Selon les résultats publiés, les stocks totaux de carbone organique dans les sols des deux sites étudiés se situent approximativement entre 3 300 et 3 970 tonnes de carbone par hectare. Ces valeurs correspondent au carbone accumulé dans les profils sédimentaires étudiés ; elles ne représentent ni une capture annuelle ni une quantité directement équivalente à des émissions de dioxyde de carbone.

Les chercheurs ont également calculé des taux d’accumulation compris entre 185 et 1 256 grammes de carbone par mètre carré et par an au cours du dernier millénaire. L’écart important entre les sites et les périodes montre que le stockage n’est pas constant. Il dépend de la configuration locale des estuaires, de la circulation de l’eau, de la nature des sédiments et de la présence de la végétation.

Le rôle déterminant des marées et des sédiments

L’étude conclut que le carbone stocké dans les sols ne dépend pas d’un seul facteur. La densité des sédiments, leur texture, la présence des palétuviers, les apports de matière organique et la connectivité hydrologique interagissent entre eux.

Les sols fins jouent notamment un rôle important, car ils retiennent plus facilement les matières organiques transportées par les cours d’eau et les marées. La présence des mangroves contribue aussi à stabiliser les sédiments et à favoriser leur accumulation. En revanche, le rythme d’accumulation du carbone semble particulièrement sensible à la manière dont les eaux circulent dans l’estuaire.

Autrement dit, une mangrove ne fonctionne pas comme un simple réservoir fixe. Son efficacité à conserver du carbone dépend de la continuité des échanges avec les marées, des apports sédimentaires et de la stabilité du couvert végétal.

Les changements du niveau marin ont laissé une trace

Les archives contenues dans les sédiments indiquent que les périodes de montée du niveau marin et de climat plus humide ont favorisé l’expansion des mangroves, l’accumulation de sédiments et l’enfouissement du carbone. À l’inverse, les phases de retrait marin ont été associées à un recul de la végétation de mangrove.

Les auteurs observent également que la réduction de l’influence des marées et les changements d’usage des terres ont diminué les apports de carbone dans certains secteurs. Ces résultats ne constituent pas une prévision automatique de l’avenir des côtes thaïlandaises, mais ils montrent que les modifications hydrologiques peuvent avoir des effets durables sur le fonctionnement des mangroves.

Une donnée utile pour la conservation, mais à interpréter avec prudence

La publication apporte un contexte de longue durée aux politiques de protection et de restauration des mangroves. Les inventaires actuels mesurent souvent la biomasse visible ou le carbone présent dans une couche limitée du sol. Or, les résultats montrent que l’histoire des sédiments et les couches profondes sont indispensables pour comprendre le stockage réel du carbone.

Cette constatation est importante pour les projets de « carbone bleu », qui cherchent à quantifier le rôle des écosystèmes côtiers dans l’atténuation du changement climatique. Elle ne signifie toutefois pas que toutes les mangroves thaïlandaises stockent les mêmes quantités de carbone, ni que toute restauration produit immédiatement un bénéfice équivalent. Les auteurs insistent au contraire sur la nécessité de recueillir des données plus profondes et de réaliser des analyses propres à chaque site.

La recherche porte sur deux zones du golfe supérieur de Thaïlande. Elle ne permet donc pas, à elle seule, de généraliser les résultats à l’ensemble des mangroves du pays, notamment celles de la côte d’Andaman ou du sud du golfe. Elle fournit néanmoins une base scientifique pour mieux comparer les sites et évaluer l’effet des changements de sédimentation, de marée et d’occupation des sols.

Ce qu’il faut retenir

  • Une étude publiée le 15 septembre 2026 examine deux mangroves du golfe supérieur de Thaïlande sur une période couvrant environ mille ans.
  • Les sols étudiés contiennent environ 3 300 à 3 970 tonnes de carbone par hectare.
  • Le stockage dépend de plusieurs facteurs : sédiments fins, végétation, apports organiques et circulation de l’eau.
  • Les périodes plus humides et la montée du niveau marin ont favorisé l’accumulation de sédiments et de carbone dans les archives étudiées.
  • Les résultats ne doivent pas être extrapolés automatiquement à toutes les mangroves de Thaïlande.

Pourquoi cette découverte compte

Elle rappelle que le carbone des mangroves ne se trouve pas uniquement dans les arbres. Une part essentielle est conservée dans les sols et les sédiments, parfois sur des centaines ou des milliers d’années. Pour protéger ce stock, préserver les échanges de marée et la dynamique naturelle des estuaires peut être aussi important que replanter des palétuviers.

Le regard d’Aura Nova

Cette étude apporte une nuance utile au discours sur le carbone bleu. La capacité des mangroves à stocker du carbone est réelle, mais elle repose sur un système écologique complexe et local. La conservation ne peut donc pas se limiter à compter les arbres plantés : elle doit aussi protéger les vasières, les chenaux, les apports sédimentaires et les échanges avec la mer. C’est cette approche à long terme qui permettra d’éviter de transformer un indicateur scientifique en promesse climatique simplifiée.

Sources

  • Étude publiée dans Science of the Total Environment, 15 septembre 2026.
  • Notice de publication de l’Université Mahidol.

Sources

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